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Halte au gaspillage !

mardi 18 octobre 2016

UN GASPILLAGE INADMISSIBLE

On a laissé pourrir les pommes sous les arbres.

« Plusieurs fois déjà, nous avons signalé combien il était regrettable que de grosses quantités de pommes n’aient pas été ramassées l’automne dernier.

Les statistiques soulignent aujourd’hui l’importance des pertes subies de ce fait.

En effet, quoique l’année 1915 ait été grandement favorable à la fructification des pommes, il n’a été fabriqué que 23 millions d’hectolitres de cidre, contre 26 millions en 1913, avec une récolte légèrement supérieure et une exportation nulle.

C’est, évalue-t-on, 5 millions d’hectolitres de cidre perdus pour la consommation.

Il est inadmissible qu’on ait laissé, en pleine guerre, pourrir sur la terre des fruits dont on pouvait tirer, outre une boisson utile, un alcool plus utile encore.

On cite l’exemple de nombreux propriétaires qui n’ayant plus la possibilité d’exporter en Allemagne des pommes dont nos ennemis savaient tirer un judicieux parti en en
faisant des confitures ou des cidres champagnisés, ont préféré laisser pourrir leurs fruits au pied des arbres plutôt que de se mettre en quête de la main-d’œuvre nécessaire.

Une telle négligence est inadmissible, et il faut espérer que l’on saura, prendre, en 1916, toutes les mesures nécessaires pour éviter un gaspillage grandement préjudiciable à la défense nationale et à la puissance économique du pays. »

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Message publié dans la revue paroissiale de Bazouges-la-Pérouse en 1916.
Mais aujourd’hui, en octobre 2016, ce message pourrait encore être entendu.

A Urspelt - Des montagnes de pommes qui font polémique

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Des montagnes de pommes déversées à Urspelt. Luxembourg
Photo : Alice Enders

Comment se fait-il que 300 tonnes de pommes, tout à fait propres à la consommation, puissent finir dans l’installation au biogaz à Urspelt ? La question a été posée à son gestionnaire qui explique comment ça se passe en coulisses.

De véritables montagnes de pommes ont fait leur apparition au cours du week-end dans un champ à Urspelt, non loin de Clervaux. Nombre de passants ont été choqués d’apprendre que toute cette nourriture - les pommes sont encore dans un très bon état de conservation - allait tout simplement être broyée dans l’usine de biogaz locale.

Depuis samedi, une collecte de pommes s’est organisée pour ramasser ces aliments. Même les moines de l’abbaye de Clervaux ont fait le chemin pour recueillir la nourriture.

Professeur d’économie au lycée de Wiltz, Laurent Weiler, était stupéfait. Il avait en effet créé une mini-société avec plusieurs élèves pour presser du jus de pomme. Mais le projet battait de l’aile précisément parce que cette année il y a une pénurie de pommes ! M. Weiler s’est alors adressé à l’exploitant de l’usine de biogaz à Urspelt qui lui a aussitôt donné son feu vert : pas de problème, on peut se servir.

Une autorisation de l’Administration de l’environnement

Erny Kremer exploite l’usine qui produit du biogaz à Urspelt. Une autorisation émanant de l’Administration de l’environnement permet clairement de traiter les déchets de fruits et de légumes. Mais la fermentation de maïs n’y est pas autorisée.

« C’est très rare que nous prenions ce type de produits ici. Généralement nous prenons la tonte de gazon et du fumier », explique Erny Kremer.

« Les 300 tonnes de pommes ont été livrées de Belgique. J’ai seulement payé le prix du transport. Si je ne les utilisais pas dans l’usine de biogaz, ces pommes seraient détruites. Cela arrive aussi quand on récolte des légumes. Une partie des excès produits aux Pays-Bas ou en Belgique se retrouve parfois au Luxembourg ».

La faute au consommateur

Ces pommes sont tout à fait mangeables mais, pour une raison ou une autre, elles n’entrent jamais sur le marché. « Cela peut s’expliquer par un problème de stockage, un incendie dans un hall ou tout simplement par le calibre qui ne correspond pas aux normes alimentaires. A ce moment-là, le produit devient invendable. C’est comme ça que ça se passe aujourd’hui sur le marché de l’alimentation », explique Erny Kremer.

Comme nous sommes en pleine saison de récolte des pommes, cela peut aussi être lié à la surproduction ou à des difficultés de commercialisation. Les sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie jouent également un rôle dans ce marché.

Mais nous sommes nous-mêmes les coupables. L’avidité pour une nourriture toujours moins chère et sans tare conduit finalement à de tels excès.

Source : Luxemburger Wort