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Quimperlé. Alexis Le Garrec, un des derniers bouilleurs de cru

mardi 29 novembre 2016

A Quimperlé, Alexis Le Garrec a repris la ferme de ses beaux-parents en 1957. Exploitant agricole avant la fatidique année 59, il bénéficie du statut de bouilleur de cru et tempête : « Il s’éteindra avec moi ».

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Alexis Le Garrec produit son cidre à la ferme de Lisloc’h et regrette être l’un des derniers bouilleurs de cru. À sa gauche, Damien, son petit-fils.

L’exploitant agricole aux quelques pommiers évoque la fin du privilège de bouilleur de cru comme l’évaporation d’une tradition « plaisir ». Son « droit de bouillir », il l’a acquis parce qu’il était exploitant agricole avant 1959. Depuis cette année-là, tout nouvel exploitant ne peut plus fabriquer son eau-de-vie comme il l’entend. Il se voit désormais taxé dès les dix premiers litres d’alcool distillés.

« Je vais fêter mes 88 ans dans deux mois. Autant vous dire que des comme moi, il n’y en a plus beaucoup. Le malheur, c’est que ce privilège s’éteindra à ma mort ou celle de ma femme. Mes enfants ne pourront pas en hériter », explique-t-il.

Une année exceptionnelle

Le vétéran a commencé à planter ses pommiers il y a quarante-cinq ans. Depuis, qu’elle soit de cidre ou d’alcool pur, il ne perd pas une goutte de sa récolte. Comme tous les ans, il ira faire sa levée au mois de juin pour distiller son alcool à l’atelier public de Riec-sur-Bélon : « Ça me confère l’équivalent de vingt litres d’alcool à 45 degrés ».

Alexis Le Garrec a pris sa retraite il y a vingt-six ans et a vu chaque restriction comme un pic au cœur. Aujourd’hui, il continue de veiller sur l’affaire familiale de Lisloc’h, à Quimperlé, et s’occupe allègrement de ses pommes. Pas de verger ici. « J’avais planté mes fruitiers aux abords des champs pour consommation personnelle. » Consommation qui s’étend aux cercles familiaux, amicaux, ça s’entend.

Doux jeudi de fin novembre. François Le Naour a enfin fait son débarquement annuel, de bon matin, avec sa presse ambulante. « On termine habituellement la récolte à la mi-octobre. Aujourd’hui, on aurait encore de quoi faire 800 à 900 litres de cidre supplémentaires avec ce qui reste au sol. C’est une année exceptionnelle, je n’ai jamais vu ça. » Le temps propice ? « Du soleil, pas trop de pluie », et le jus n’en finissait pas de jaillir de Kermaria (Probablement Kermerrien), Douce Moën et autres pommes pressées.

Alexis et Damien, le petit-fils, remplissaient les fûts. Le petit fait les allers-retours du pressoir à la cave. « Fais gaffe ! Que ça ne déborde pas ! », lance le grand-père. Une fois le gros fût de quelque 500 litres rempli, Damien passe le tuyau dans le baril voisin et les autres. « Si vous le buvez celui-là, sourit le vieil homme, vous pouvez taper un marathon, il est sucré à souhait. » On va attendre deux mois. Le temps minimum pour que le sucre se transforme en éthanol.

Source : Ouest-France