Accueil > Les savoir-faire > Le cidre > Les crus de pomme à cidre en Bretagne

Les crus de pomme à cidre en Bretagne

jeudi 21 janvier 2010

Dans une grande partie de la Bretagne, jusqu’en 1950-1960, les pommiers à cidre faisaient partie de la valeur de la terre, le locataire devait remplacer les arbres disparus. Même si le cidre était répandu dans toute la Bretagne, il n’était pas le même partout. Son goût dépendait de la qualité du sol, du pommage utilisé, des habitudes de brassage et des consommateurs.

JPEG - 66.1 ko

Carte de principaux crus de Bretagne

Les premiers cidres qui arrivaient sur le marché, début octobre, provenaient de la région de Dol. Les agriculteurs du marais ont encore gardé cette habitude de ramasser tôt en saison leurs pommes. C’étaient des cidres doux, acidulés, agréables à boire mais de faible conservation. La pomme de base était le ROUGET DE DOL le plus primé, le ROUGET BLANC, grosse pomme à deux fins. Elle était aussi cueillie et vendue comme pomme à couteau, notamment sur l’Angleterre et l’Allemagne.

L’Ille-et-Vilaine fut longtemps le premier département producteur de pommes à cidre de France et l’ensemble des Bassins de Rennes et de Vitré reste toujours une région de très forte production. Les cidres y sont en général légers, acidulés, peu alcoolisés et bien bouquetés. Les divers pommages contiennent de nombreuses variétés acidulées : BEDAN ROUGE AIGRE, MARGUERITE, GILET ROUGE (qui donne un jus abondant, parfumé, agréable)... Auparavant, cette région exportait une partie de ses pommes sur l’Allemagne qui recherchait pour ses jus de fruit des variétés acidulées. L’autre partie était "pilée" sur place et le cidre vendu en ville. Les citadins préféraient une boisson au goût acidulé, sucrée et pas trop alcoolisée. La sélection a porté sur ces pommages.

Le long de la Vallée de la Rance et autour de Dinan, le cru dit "de Pleudîhen" est plus amer et plus fort en alcool que celui de Rennes. Le pommage comporte peu de variétés acidulées mais beaucoup plus de douces amères et d’amères : JEANNE RENARD, CHEVALIER JAUNE, MARIE MENARD... Le sous-sol granitique, la couche arable moins profonde et moins riche que dans le bassin de Rennes donnent des pommiers moins poussants, des fruits plus riches en sucre et une densité du moût plus élevé. La Vallée de la Rance a toujours été une région riche en pommiers à cidre. Elle exportait ses pommes vers les "Bretons" du Léon et du Trégor des variétés dures et de bonne conservation (RICHARDE, VALLON, TOUPIE...) y étaient spécialement cultivées.

Plus on va vers l’ouest, plus les crus sont amers et moins il a de pommes acidulées dans les mélanges. La région de Vannes fait exception avec son pommage à base de GUILLEVIC, variété qui peut faire son cidre seul, un cidre doux, acidulé, bien parfumé et moyennement alcoolisé. il existe de nombreux clones de GUILLEVIC, mais la sélection porte actuellement sur ceux qui sont plus acidulés.

En sud-Finistère, le GUILLEVIC se retrouve dans les pommages de Quimperlé, mélangé aux variétés amères du Clohars-Carnouët, de Moëlan-sur-Mer, du Pays Bigouden et de Fouesnant (Le meilleur des cidres célébré par Frédéric Le Guyader à la fin du siècle dernier). Ces derniers crus se distinguent par leur coloration foncée et par l’amertume de leur cidre due au terroir et aux variétés locales comme le C’HUERO BRIZ, le C’HUERO RU, KERMERRIEN

Le nord-Finistère cultivait peu de pommiers et importait une grande partie de ses fruits à cidre de l’est des Côtes-d’Armor : Dinan, Plancoët, Matignon... Le Bassin de Fougères produisait beaucoup de pommes mais n’a pas donné de cru bien typé.